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Ring, La rumeur Interrogation sur le rôle médiatique dans la société.

5 Apr 2010

Quand le rideau se lève sur la scène, c’est après qu’un voile de mer, sur lequel le générique se déroule, s’est retiré. “Jeu de Mer, Spectre en vue.” pourrait-on appeler cette première image obsédante, sur lequel les vagues ne s’écrasent pas, mais passent, silencieusement, comme des soldats muets qui glissent tel des fantômes. Le spectateur non averti ne peut pas comprendre pourquoi ces simples images lui laissent cette impression désagréable, ce sentiment de lourdeur pesante, comme lorsqu’un orage se prépare à l’horizon, alors que la nuit est tombée.

Puis, l’image se brouille, comme pour nous rappeler que ce que nous sommes en train de vivre n’est rien d’autre qu’une histoire, une fiction, le résidu d’une pellicule projetée sur un écran. Et cela nous rassure, car nous savons tous que ce qui se trouve dans la télévision ne peut pas nous atteindre, que nous sommes à l’abri, face à cette parois de verre.

Enfin, enfin de la vie que la première scène nous offre. Deux jeunes filles, images de l’innocence, de l’insouciance. Si le deuxième terme s’applique bien à ces petites femmes, le premier s’y oppose. Ce qu’elle raconte, cette lycéenne, à son amie assise sur sa chaise de bureau, ce n’est pas une simple histoire de fantôme comme beaucoup l’ont fait, mais une rumeur, un conte qui se passe dans notre monde, quelque chose d’assez irréel pour ne pas exister, mais qui s’y accroche. “Tu seras mort dans sept jours.” dit-elle, juste avant de clore son récit d’une conclusion morbide. Et elle rigole, cette petite. Elle rigole, mais toute seule; son amie n’a pas l’air de trouver cela drôle.

Puis, à son tour, celle dont le rictus ne s’est pas affiché raconte non pas une histoire, mais son histoire, celle d’une cassette qu’elle et trois de ses amis ont regardée, un soir, vers vingt-et-une heures quarante-cinq, il y a sept jours, à quelques minutes près. Cela semble si impossible, pourtant son regard, et sa main serrée contre le bras de son amie trahissent sa peur croissante : Elle sait déjà, mais elle ne veut pas se l’avouer.

 

Ring, ce n’est pas un film d’horreur. C’est un film d’ambiance, un film qui plonge le spectateur en lui-même, par un jeu subtil de scènes enchâssées, dans lesquelles s’alternent des moments de calme, et d’autres fois, de colère. Pas cette colère subite et passagère, comme un film américain où une ombre traverse le champ pour aussitôt s’effacer. Ring, c’est une pression perpétuelle et en constante augmentation, enrichi par une bande son oppressante, car intraduisible. Le silence aurait été préférable, s’il n’avait pas, lui aussi, sa charge pesante. Car ce film, c’est une histoire de fantômes, pas de ces fantômes vaporeux qui font voler des pommes dans des manoirs bretons, ou que l’on voit sur une route, tout enrobé de blanc. Le fantôme de Ring, c’est la rumeur, personnifiée, et meurtrière. Et pour vous le prouver, nous allons voir le film, et durant le film, je porterai votre attention sur différentes scènes, afin que vous puissiez saisir la portée de mes propos.

 

 

Un reportage. Nous sommes la caméra, l’œil, ce qui voit, le voyeur. La petite fille raconte l’histoire de la cassette. Ses amies la connaissent aussi. L’une d’elles plus particulièrement, car elle connait, par relation, deux adolescents que cette cassette a tué, il y a quelques jours. Ils auraient vue la cassette une semaine auparavant, dans une auberge de la péninsule d’Izu, une zone rurale, loin de la ville et de ses réseaux. Encore des réseaux de relations, jamais de contact direct, cela permet d’interprétation, et le développement de la rumeur. La journaliste, Asakawa, qui s’informe sur cette histoire, sera notre fil conducteur. Son métier n’est pas là pour rien : C’est son rôle de colporter les histoires, de vérifier leur contenu, de s’informer, de séparer le vrai du faux.

 

(14:15) La maison de Tomoko, la jeune femme de la première scène. Quelque chose n’est pas normale dans cette histoire, “on ne referme pas un cercueil aussi vite” dit une femme à la journaliste. Encore du non-dit, encore une source de rumeur. Yoichi, le petit garçon, fils d’Asakawa, voit alors quelque chose que nous ne voyons pas vraiment : Pour nous des jambes, pour lui, peut-être, le reste. Toujours ainsi, la rumeur : Des parcelles que nous entrevoyons, sans savoir ce que c’est vraiment. Dans la chambre de Tomoko, sa mère le retrouve, avant d’apprendre que les morts de la voiture étaient dans le même lycée que cette fille dont c’est la cérémonie funèbre, ce soir.

 

(20:55) En quête d’informations, Asakawa trouve le reçu d’un développement de photos. Elle les récupère, les regarde, et là quelque chose ne va pas, quelque chose d’irréel apparait : Les visages, déformés, alors qu’avant ils ne les étaient pas. Incompréhensible, oppressant aussi. Mais les photos laissent des preuves : Ils étaient dans un centre d’hébergement. Elle décide d’y aller.

 

(25:55) Dans l’auberge, à la réception. Asakawa cherche des informations, mais ce qu’elle trouve est différent : La cassette est là, elle le sait, c’est celle là. L’image que nous voyons nous le prouve : L’image est telle un écran avec une mauvaise réception, et le bruit grinçant qui glisse dans notre oreille nous appelle à la fuite. En effet, la réception est mauvaise, comme toute rumeur l’est, ce que nous entendons, dans une rumeur, ce n’est pas le réel, c’est la réalité brouillée. Et face à toutes ces cassettes bien rangées, la cassette est oblique, elle est hors de la réalité dans sa position. Elle n’est pas droite, elle dérange l’ordre. De retour dans le logement que les adolescents avaient occupé, l’image de la télévision, auparavant claire, est de neige. Le monde extérieur n’existe plus. Asakawa est dans un autre univers.

 

(32:08) Ryuji, dont la relation avec Asakawa n’est pas encore tout à fait claire, prend une photo d’Asakawa, dont le rendu est identique aux photos des adolescents. La photo est issue d’un Polaroïd, et cela pour une raison très simple. Outre le développement instantané, cet appareil photo ne possède pas de négatif. Il est donc impossible de trafiquer une photo issue de ce genre d’appareil. Il exprime la réalité vraie, il est la preuve d’un fait. Pourtant, le visage de la femme est brouillé, déformé. Car la rumeur est maintenant sur elle, et elle déforme la réalité.

 

(34:30) Ryuji regarde la cassette. Le risque qu’il prend est grand, car après avoir vu cette cassette, il sait à présent que le sort le frappera dans sept jours. Mais ce qu’il ne sait pas, c’est que la cassette est un peu plus longue que la première fois que nous l’avons vue. À bien y regarder, il y a une main sur le bord du puits qui n’était pas là auparavant. La rumeur avance, elle s’est enrichi dans le temps, mais elle n’est pas vraiment encore visible, juste suspendue entre l’invisible et l’inconnu.

 

(48:00) Nous sommes sur un bateau. Dans les symboles du fantastique, les bateaux sont plus que des moyens de transports physiques, ils sont un moyen de passer d’un monde à un autre, de quitter un monde pour un autre. La traversée est souvent le lieu de la révélation, de la compréhension, où certaines clés sont données. C’est ici que nous apprenons que Ryuji et Yoichi ne sont pas de simples et communs humains. Ils sentent les choses qui sont cachées, ils sont des catalyseurs de la rumeur, ils la transforment en réalité, en vérité. De plus, Ryuji parle de l’anxiété collective comme maitresse de cette cassette, comme son origine. Même s’il l’oppose à la rumeur, il n’en reste pas moins que l’anxiété et la rumeur sont deux visages d’un même corps, que l’un comme l’autre ils naissent de l’incompréhension, qui se cristallise pour former non pas un bijou, mais un amas agressif qui blesse jusqu’à la mort.

 

(52:35) L’histoire de Shizuko n’est pas sans raison si cruelle. Elle place les médias dans la situation du bourreau, de source de la douleur, et vise particulièrement Asakawa, qui a délibérément regardé cette cassette. Elle devait être frappée, elle a été choisie par son métier, par ces intérêts à débusquer ce qui devrait rester caché. L’histoire demeure encore obscure, mais le voile se lève, la rumeur prend, peu à peu, la forme d’une histoire véritable. La vérité donne ses formes aux faux et aux vrais, et transforme la rumeur en passé. Tout l’artifice autour de la cassette devient plus.... humain, plus consistant.

 

(59:00) Comme je l’ai annoncé plus haut, la rumeur se change peu à peu en vérité. La recherche de la vérité donne à l’histoire des tons humains, et démoniaques. Tandis que le voile se lève, un second, plus épais, plus sombre, apparait sur le spectacle du film. Shizuko n’était pas une petite fille normale, et son père, sachant cela, laissa sa cupidité guider la vie de sa fille. C’est lui qui la lança sur la scène du monde, qui la poussa à dévoiler, sous les expériences du professeur Ikuma. Et tout aurait pu bien se passer si un journaliste, incapable d’accepter la réalité qui se trouvait devant lui, n’avait pas attaqué l’honneur de Shizuko. C’est ici que l’un des derniers mystère s’efface : Shizuko, cette femme que le couple recherche, n’est pas à l’origine de cette cassette. Malgré ses pouvoir qui semblaient impressionnants, ce n’est pas elle la source de tant de haine, mais sa fille : Sadako. Elle est sans visage, masqué par ses longs cheveux d’un noir de nuit profonde, à la démarche sûre et voutée. Et elle saisit le bras d’Asakawa, qui pourtant ne pouvait être là, qui n’était pas là durant ce souvenir. Sa présence s’explique par le pouvoir de Ryuji, qui peut voir ce qui est caché. Mais elle, sans ce don, pénètre cette illusion et y participe. Comment expliquer cela. Est-ce l’implication dans la résolution de ce conte qui lui permet de revivre cet événement, ou bien est-ce Sadako, cette petite fille d’il y a quarante ans, qui par sa puissance parvient à la faire exister dans une illusion ? Les hypothèses sont nombreuses.

“Cette vidéo n’est pas de ce monde.” dit Ryuji. La réalité devient irréelle par ses mots. De nouveau la rumeur redevient rumeur, après s’être si rapprochée d’une histoire, certes cruelle, mais possible. La cassette n’est pas que le reste d’une histoire moribonde qui pourrait être oubliée : C’est une malédiction, issue de la haine d’une enfant aux origines douteuses envers celles et ceux qui s’aventureraient à regarder une cassette vidéo qui ne leur appartient pas, et sur laquelle ne figure aucun nom.

 

(1:04:00) Le dernier jour est là. Les dernières vingt-quatre heures seront déterminantes. L’énigme est presque résolue, ne reste qu’à comprendre où se trouve Sadako, pour qu’elle puisse lever la malédiction. Mais il ne reste aucune trace d’elle, rien qui puisse indiquer où elle se trouve. De dépit, Asakawa raccroche le téléphone. Puis, elle comprend : Si le téléphone n’a sonné qu’à la résidence, c’est qu’un lien physique doit exister. La clé de l’énigme se trouve à la source de la rumeur, là où tout a commencé. Encore une fois, la région rurale se retrouve être le centre de l’action, en tant que lieu où la technologie et la rigueur de la société ne se trouvent pas, où l’irréel a une place plus que dominante : Elle est sa structure.

 

(1:12:10) de nouveau un rappel du passé, par l’entremise des facultés de Ryuji. C’est à ce moment que l’on découvre l’horreur de la condition de Sadako, comment elle est morte, et un nouvel élément de la cassette prend son sens. Tout s’explique : Plus que la rumeur seule qui tue, c’est la colère envers la vie et les événements horribles de l’existence qui donnèrent à Sadako les raisons de créer la cassette maudite.

 

(1:25:25) Sadako est libérée. Elle a été retrouvée au fond du puits, à la fois vivante et morte, sans que nous puissions savoir si le geste de la main de la fille est réalité, ou simple hallucination d’Asakawa que la peur et la fatigue oppressent. Mais qu’importe, la malédiction est levée, Asakawa vit. La vie peut de nouveau reprendre son cours. Cependant, quelque chose ne va pas, et Ryuji, qui a tant fait pour libérer Sadako, est frappé de son courroux. Une question ressurgit alors : Pourquoi ? Pourquoi Ryuji est-il mort, tué par Sadako, alors qu’Asakawa a survécu ? Quelque chose a été fait, quelque chose permet de lever la malédiction. C’est alors que dans la télévision, par le reflet du réel qu’elle renvoie sur son écran noir, apparait le spectre de Ryuji, désignant le sac. Une copie a été faite. Après avoir vu la cassette, en faire une copie et la donner à quelqu’un permet de se libérer de la malédiction. Reste la voix off, qui annonce cet horrible possible, avec, en guise de conclusion, l’idée de la survie, que si tu ne veux pas mourir, c’est ce que tu feras.

Pour se libérer de la colère de Sadako, la rumeur ne doit pas mourir, elle doit passer, de main en main, de bouche à oreille, jusqu’à jamais. Car la rumeur ne peut souffrir de ne pas voyager, de ne pas connaitre de nouvelles personnes. Mais, en faisant cela, en faisant de nouvelles copies constamment, on prend le risque de tuer de plus en plus de personnes, de se voir retourner la cassette maudite et, un jour, de ne pouvoir transmettre à quelqu’un la cassette, car personne ne la voudra. La rumeur deviendra alors réalité, et Sadako tuera, tout comme la rumeur tue ceux qui en sont le sujet, en détruisant la réalité.

 

Le film se finit sur cette pensée, sur le trajet qu’Asakawa fait avec Yoichi pour aller voir son grand-père. Un vieil homme va mourir, pour qu’un jeune garçon vive. Asakawa choisit non pas de faire se propager la rumeur, mais qu’elle s’éteigne avec son père, pour qu’elle ne touche plus quelqu’un d’autre.

Explication sur titre :

 

Maintenant que le film a pris fin, le titre peut être expliqué, même si ce qui sera dit ne sera que redites. Ring, c’est le cercle, le cycle perpétuel. Au Japon, le cercle symbolise le principe de la métempsycose, du kharma, des actions qui influencent le cours de la vie. C’est également le symbole du retour perpétuel, de la recherche. Dans Ring, ces symboles sont constamment représentés par des temps particuliers, qui sont les fils conducteurs de l’histoire. L’image principale demeure la malédiction de Sadako contenue dans la cassette, cassette qui représente également le cercle, dans l’enroulement de la bande de part et d’autre de la tête de lecture. C’est aussi la marque de la vie et de la mort, qui se confondent dans le film, car les vivants peuvent être déjà presque morts, comme c’est le cas d’Asakawa qui connait la date précise de son décès, alors que les morts, comme Sadako, continuent de vivre et d’agir sur le présent. Le retour, à la fin du fin, marque également le cercle, car tout ce qui est revient à son point d’origine, là où l’histoire a pris vie.

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